VOYAGE EN ROUGE ET NOIRN’ayez pas peur : je ne vais pas vous parler du tube interplanétaire (enfin, en France) de Jeanne (pas à la) Mas ! Non, l’objet de ce texte tourne autour du premier album de Whyzdom « From The Brink Of Infinity » que j’ai eu la chance de recevoir à date, lundi 21 septembre 2009. Première question : pourquoi le choix d’un tel titre ? Tout simplement parce que dès l’observation de la pochette où apparaît un personnage étrange vêtu d’une robe rouge et noir (ah ben justement, ça m’arrange bien !), le ton est donné : Whyzdom va nous proposer un voyage mais un voyage un peu particulier ; un périple entre ombre et lumière, entre vie et mort, entre espoir et désespoir, toujours en équilibre précaire, à fleur de peau… Mais avant de développer plus avant l’idée directrice de ce premier opus, on va commencer par parler musique.
Whyzdom est un groupe de métal symphonique : il y a donc du métal et du symphonique. Sans ambiguïté, on peut définir le groupe comme une formation de métal. Entre une batterie qui cogne fort mais en variant subtilement les rythmes, une basse solidifiant les morceaux, des riffs de guitare plombés et acérés et des soli de ces mêmes guitares à la fois aériens et majestueux, l’auditeur sait dans quel style le combo évolue : du métal puissant et raffiné. Vient ensuite l’autre qualificatif majeur à donner à Whyzdom : symphonique. La grande musique orchestrale est à l’ordre du jour, et cela n’est pas pour déplaire, surtout quand elle est aussi bien composée et orchestrée. Tous les pupitres sont convoqués, tantôt en « full orchestra », tantôt en formations plus restreintes, en fonction de l’intensité et du tempo des chansons. Je relèverai également des dissonances bien envoyées (les premières notes de « Escaping The Ghosts Of Reality », la première moitié du prologue de « Daughter Of The Night »), instaurant une atmosphère d’une incroyable noirceur. Pour des raisons budgétaires (on n’ose imaginer le coût de séances d’enregistrement avec un véritable ensemble, surtout en France, mais cela coûte horriblement cher, croyez-moi !), l’orchestre est samplé mais grâce à l’emploi d’une excellente banque de samples, à un mix excellent avec la section métal et à l’ajout de véritables instruments (violon, violoncelle), les parties symphoniques possèdent quand même une sacrée gueule, ça sonne quoi ! A cela, s’ajoute une somptueuse chorale mixte qui, selon les moments, va conférer une spectaculaire puissance dramatique (« Atlantis » par exemple) ou, à contrario, une émotion bien palpable (« Freedom »). Le mélange du métal et du symphonique n’en est pas un : c’est une fusion des plus réussies entre les deux, l’un ne prenant jamais le pas sur l’autre, signe d’une composition élaborée dans ses moindres détails.
Whyzdom créé des chansons et les chansons, c’est de la musique (ça, on vient d’en causer) mais aussi des textes. Les textes, parlons-en(fants de la Patrie, et hop une vanne foireuse de plus) ! Ils forment l’idée même de « From The Brink Of Infinity », le voyage évoqué en introduction. Ecrits par Vynce, ils sont le fruit d’un travail réfléchi et poétique sur la dualité de l’homme, capable du meilleur comme du pire, face à lui-même, aux autres et au monde. Loin des clichés (pour ça, vous avez le choix), leur contenu est riche et se dévoile au fil de plusieurs lectures attentives, ce qui est très avantageux car l’on ne se lasse jamais d’y revenir. Nous sommes donc confrontés à toute l’ambiguïté de nos chères âmes, et c’est ainsi que l’intelligence du cœur partage le terrain avec la pire des haines, quand ce n’est pas la Mort qui s’en mêle. Le visuel même du livret étaye toute cette palette de sentiments liés les uns aux autres et donc pas aussi contradictoires qu’ils en ont l’air.
Musicalement et textuellement, l’album de Whyzdom ne livre pas sa substantifique moelle dès les premiers instants : plusieurs écoutes sont nécessaires pour en saisir l’essence et la densité. Il est complexe mais pas élitiste, bien au contraire. La mélodie est très présente et l’auditeur ne connaissant pas encore le groupe accrochera sans aucun doute (non Julien, tu ne présentes l’émission, t’es sur le service public maintenant !) aux nombreux passages fédérateurs émaillant la galette. Une chose est claire : « From The Brink Of Infinity » est un album accessible mais d’une grande maturité servi par une production millimétrée de chez millimétrée qui ne laisse échapper aucun détail (on entend sans difficulté l’instrument placé au fond de l’orchestre). Le mixage et le mastering (ce dernier étant réalisé par Markus Teske) doivent être salués bien bas.
Et le chant dans tout ça ? J’ai déjà évoqué les chœurs mixtes, entretenons nous donc des grunts parsemant les titres. Lancés par Vynce, ils assombrissent les morceaux au moment opportun (« The Witness », « Atlantis », « Daughter Of The Night ») ou se mettent en subtil contrepoint face au chant lead (« The Train »). Chant lead, l’expression est écrite. Whyzdom est un groupe mené par une chanteuse, et quelle chanteuse ! Telya, artiste émérite, est véritablement l’âme du groupe, celle par qui passent la puissance la plus heavy ou l’émotion la plus pure. Par rapport à l’ep sorti il y a un an où sa voix ne déméritait pas, son chant s’est affiné avec beaucoup d’à propos et il est clair que non seulement, la miss chante avec une maîtrise vocale certaine mais qu’elle ajoute aussi une véritable incarnation des personnages. Au final, ce n’est pas tant elle que l’on entend que les protagonistes qu’elle interprète. Chanteuse au talent certain, Telya est aussi une excellente comédienne : on le voit sur scène, on l’entend sur disque. Sur un pur plan sensitif, elle n’a rien à envier aux chanteuses les plus connues officiant dans le métal symphonique. Nightwish a eu Tarja, After Forever a eu Floor, Epica a Simone, Whyzdom a Telya. La transmission des émotions et des sentiments est bel et bien là et il n’y a donc plus qu’à se laisser porter par une voix aussi cristalline que sensible et puissante, celle d'une artiste dont la générosité envers le public s'affirme ici une fois de plus.
Whyzdom nous fait partager un album excellent que j'inscris sans hésitation dans le haut du pavé des productions métal symphonique de l'année 2009. L'écoute est un régal, la suite des aventures s'annonce sous les meilleures auspices.
